Je suis perdue entre le fait que je suis pas la personne qu'ils aimeraient que je sois mais je ne suis pas non plus celle que j'aimerais être. Je déçois tous.
Les voir me fait me sentir comme un imposteur - je sais très bien que je joue un rôle au quotidien - mais loin d'eux j'arrive à me convaincre que c'est suffisant. Et je les voit, et tout s'écroule et je me rend compte du fossé qu'il y a . Entre eux et moi, entre moi et mes amis, entre qui j'aimerais être et qui je suis.
Et l'illusion est perdue et je me retrouve de nouveau dans les limbes de mon identité.
Je les méprise en un sens. De m'avoir fait si différente de ce que j'aimerais être. De m'avoir donné tous ces défauts dont je peine à me débarrasser. J'en ai marre d'être arrogante, lâche, j'en ai marre de douter perpétuellement. J'en ai marre d'avoir si peu confiance en qui je suis et j'en ai marre d'être si bas de gamme. D'être si gauche - si gourde. Gros poisson dans une petite marre. J'en ai marre de me saboter, de pas avoir envie d'aller bien. J'en ai marre du baby-sitting constant que je nécessite.
J'en ai marre de ressentir de la honte. Je me fais toujours niquer - sans mauvais jeu de mot. J'en ai marre de voir à quel point je ressors perdue de cette enfance partagée et de voir toutes tentatives de m'en sortir anéanties tout en voyant à quel point mon frère lui s'en sort. Et a quel point il fait tous les bons choix à leurs yeux aussi. Ca me montre que je me mens à moi-même en pensant que m'en sortir c'est leur tourner le dos - puisque lui y arrive très bien tout en restant l'image parfaite qu'ils ont de lui.
Je méprise mon frère pour ça. Je méprise ce que je lui ai fait et ce qu'il m'a fait. Je lui en veux de ne ressentir aucun soucis avec l'intimité. Evidemment j'en sais rien et je ne parle de que ce que je devine. Mais tout de même je lui en veut. Je m'en veut de ne pas oser faire le nécessaire pour passer à autre chose de ça. Je m'en veux d'en avoir parlé à tant de Monde. Sans jamais dire la chose qui fâche - celle qui me gêne le plus. Je me méprise d'avoir pris cette chose dont j'ai si honte et de l'avoir tourné - comme je l'ai fait pour tant d'autres choses- en une occasion de me faire apitoyer et plaindre. De l'avoir transformer en une occasion d'être la victime alors que je suis loin de l'être.
Surtout je me méprise de pas avoir assez de courage pour faire ce que je veux. Que cela veuille dire en finir ou partir loin et cesser tout contact indésirable j'en sais rien - mais je n'en peux plus de voir cette vie se dérouler devant mes yeux quand elle me satisfait si peu.
j'en ai tellement marre d'être moi. Je crois que c'est ça qui m'énerve le plus. Ca y est la vie me plaît mais ce que j'ai a offrir pas du tout.
J'ai tant d'énergie contenue sous ma peau. Elle bourdonne, constamment. Elle me gratte inlassablement et je ne sais qu'en faire. Je recherche toujours une manière de la faire sortir.
Je sais comment le faire et pourtant je ne m'autorise pas à le faire. J'ai l'impression d'être tout le temps observée par un être extérieur - jugée.
Je le sais pourtant c'est moi qui me regarde. Cela va faire 10 ans au moins que je me scrute. Je ne me laisse aucun répits et je dois l'avouer je suis à bout. Même là à l'heure ou j'écris ces mots je ne peux m'empêcher de me les redire. Je ne peux m'empêcher d'imaginer quelqu'un les lire et me juger. Je ne peux m'empêcher de me corriger - pour que ce soit plus poignant, plus fort, pour que cela plaise plus à ce lecteur imaginaire. Même quand je tente de m'exprimer je me bride . Mon ton se doit d'être de telle manière - mes mots ne peuvent pas se répéter. JE penses constamment à ça. Je lutte contre, évidemment. J'essaie du moins. Mais pourtant je continue à faire ces phrases - toute belles - toutes polies - si dénuées de moi-même qu'on ne peut même plus les reconnaître comme miennes. On peut aller jusqu'à dire que ce n'est plus de l'expression.
personne ne va le relire. Ni toi ni moi. Peut-être que si , toi tu les liras. Bien sûr tu seras gênée, bien sûr tu me trouveras ridicule. Alors à quoi bon tenter en vain de séduire ce futur moi? Pourquoi même lui adresser la parole? C'est déjà bien assez dur de vivre ce moment - pourquoi je m'inflige la pensée d'autres?